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C’est l’histoire d’un gamin né au début des années 60, l’année glorieuse du premier vol spatial habité par Youri Gagarine, mais aussi celle plus triste de l’édification du mur de Berlin. Sa ville natale fût une petite sous-préfecture gardoise aux accents pré-cévenols, pompeusement rebaptisée depuis « Capitale des Cévennes ».

C'est là qu'il est né...

C’est un gosse dont les parents après plusieurs années de pérégrinations sont revenus dans son Gard natal. Ils ont un jour posé leurs valises dans un endroit retiré du monde, une espèce de trou perdu avec des habitants bizarres qui considéraient toute personne étrangère d’un œil suspicieux. Il ne se souvient plus s’il a eu en main le tout premier numéro de PIF Gadget, mais garde un souvenir tenace des lunettes sidérales avec lesquelles on avait si chaud mais donnant le sentiment que personne ne pouvait vous reconnaître là-dessous. D’autres gadgets ont laissé une trace plus ou moins marquée, le poster magique à gratter, le globe lunaire car il était déjà passionné par l’astronautique, les pifises qui avaient finis dans l’évier car sa mère n’aimait vraiment pas ces bestioles, la plante du grand nord car on voyait Rahan en manger, et le stylo-microscope bien-sûr… et plein d’autres.

Mais l’intérêt de PIF résidait surtout dans le rêve qu’il amenait à un enfant seul, s’imaginant aux côtés de robin des Bois, du Grêlé 7-13, de Loup Noir, admiratif devant la débrouillardise et l’intelligence de Rahan, et surtout rêvant d’un autre monde avec Les Pionniers de l’Espérance. Tout dans PIF stimulait l’imagination et donnait un peu d’évasion loin de ce bled paumé où d’autres gamins lui avaient un jour jeté des pierres en le traitant de « petit étranger !… ». On aurait pu croire à un mauvais sketch de Fernand Raynaud, et il n’avait dû son salut qu’à l’arrivée de l’instituteur.

Les charmes cachés de la campagne, quoi !!!!

C'est là qu'il a habité...

Voilà donc, l’enfance se passait ainsi, çà marchait plutôt pas mal à l’école, quelques visites aux grands-parents marseillais étaient ses seuls voyages, pas question bien-sûr de partir pendant les vacances, le budget était très serré à la maison. Pas de copains non plus, du fait de la mentalité rétrograde évoquée plus haut, de la dispersion de l’habitat en plusieurs hameaux, et de la rareté de la population (169 habitants !!!). Ses seuls compagnons d’enfance étaient ses deux sœurs plus âgées, qui ont dû bon gré, mal gré, supporter ce quelquefois sale gamin aux sautes d’humeurs imprévisibles. Une ombre dans ce tableau somme toute banal: la grave maladie de son père, cela même qui avait obligé toute la famille à s’expatrier dans cette contrée austère aux mœurs d’un autre siècle.

Premier PIF avec Dr Justice

Et puis un jour de juin 1970 apparut pour la première fois dans PIF un type, toubib de son état, qui pratiquait le judo à un niveau tel que çà le rendait quasiment invulnérable, sauf à utiliser la fourberie pour pouvoir le piéger. Notre gamin, devenu adulte, se souvient très bien de ce premier numéro de Dr Justice, du gadget (le poisson-peigne), de cette histoire de super-héros humain. Le judo, il connaissait bien-sûr, et ne doutait à aucun moment qu’il puisse donner une telle supériorité à son pratiquant tout comme le kung-fu rendait le moine shaolin indestructible. A peu près à la même époque, et peut-être un peu avant était apparue à la télé la série Kung-Fu avec David Carradine. Alors là, pour le coup (c’est le cas de le dire…) on en restait estomaqué et même si notre moine était du genre pas rapide (l’ADSL n’existait pas encore…), personne ne pouvait l’inquiéter.

Le grand-père du gamin avait été marin au long-cours comme on disait à l’époque, et avait ramené quantités de souvenirs asiatiques qui fascinaient cet enfant lors de ses visites. Alors forcément, des arts martiaux asiatiques ne pouvaient que l’attirer. C’est ainsi que Dr Justice devint tout naturellement son aventure préférée dans PIF. Quel bonheur chaque mercredi (ou jeudi ?!?...) quand on avait enfin en main le nouveau numéro. Et puis une nuit froide de février 1973, son père mourut après des années de maladie. C’est étonnant comme tout peut basculer du jour au lendemain, et on se réveille avec une espèce de douleur au ventre qui ne vous quitte plus pendant des années. Tous ceux qui ont perdu une personne aimée sauront ce que cet enfant a éprouvé…

Les leçons de sagesse du maitre Hiamuri

Alors, il a fallu restreindre encore le budget, se contenter d’un café au lait avec tartines en guise de repas,… oh ! seulement quelquefois bien-sûr, et puis c’était rigolo de manger le soir comme le matin. Et donc, il fallut se priver de PIF Gadget et Dr justice. Quelques temps plus tard on lui acheta chaque semaine Le Journal de Mickey qui était moins cher. C’était bien aussi, et çà représentait somme toute un petit sacrifice, mais c’était vachement moins bien que PIF. Et puis, dans la cour de récré du collège, on ne parlait jamais de Mickey, mais plus souvent du toubib ou Rahan. Et les années ont passé…

Devenu adulte, il aurait pu oublier cette BD, mais non. Quand quelque chose marque votre enfance c’est parfois dur de s’en défaire. Alors il n’a eu de cesse d’essayer de retrouver ce qui lui avait tant manqué. Il a dâbord cherché des albums mais peu avaient été édités. Et puis ce fût la mode des brocantes, et il est tombé un jour sur une pile de vieux PIF. Je ne vous explique pas la suite, tous les passionnés et collectionneurs de tout poil connaissent ce sentiment quand la découverte est là. Et voilà comment ont commencé sa recherche et sa collection.

Et les arts martiaux ? Après avoir un peu touché au judo, puis le karaté, et une longue attente ensuite, il a découvert le Viet-Vo-Dao et passé sa ceinture noire à 40 ans passé. Oh ! Il est une modeste ceinture noire 1er dan, loin des exploits de benjamin Justice, mais chaque fois qu’il noue cette étoffe noire, il est le plus heureux des vieux gamins… le passé peut enfin s'estomper!